Une œuvre, plusieurs chemins : ce qui relie mes peintures

Des formes différentes, une même recherche

Lorsqu’on découvre plusieurs peintures d’un même artiste, on cherche naturellement ce qui les rapproche. Une palette, un motif, une manière de composer l’image ou un sujet récurrent peuvent donner le sentiment d’une continuité. Mais dans mon travail, ce qui relie les peintures ne se situe pas nécessairement à cet endroit.

Mes séries peuvent prendre des directions formelles assez différentes. Certaines explorent un rapport au paysage, d’autres s’organisent autour d’images fragmentées ou de motifs qui se répètent. Pourtant, elles ne constituent pas des recherches indépendantes. Elles appartiennent à un même cheminement.

Je ne cherche pas à reproduire une formule qui aurait fonctionné, ni à maintenir une cohérence visuelle à tout prix. Une forme peut répondre à un moment de ma recherche, puis laisser place à une autre lorsque je sens qu’elle ne me permet plus d’avancer de la même manière. Le changement n’est donc pas une rupture avec ce qui précède. Il est une autre façon de poursuivre.

C’est notamment ce que j’observe lorsque je regarde des ensembles comme Traveling ou Trace. Ces séries ne se ressemblent pas nécessairement dans leur apparence. Elles ne mobilisent pas les mêmes formes ni les mêmes constructions. Pourtant, elles prennent place dans une recherche qui les dépasse.

Il serait difficile de résumer cette recherche à un sujet unique. Ce qui la traverse tient davantage aux questions que je poursuis, à la manière dont elles se déplacent et réapparaissent sous des formes différentes.

Ce qui relie les peintures n’est pas toujours visible

Cette continuité est sans doute plus évidente pour moi que pour celui qui découvre mon travail. Je connais le cheminement qui m’a conduit d’une peinture à une autre. Je sais ce qui, dans une nouvelle série, prolonge une interrogation plus ancienne, même lorsque rien ne semble le signaler directement dans l’image.

Pour le regard extérieur, le lien peut être beaucoup moins immédiat. Les sujets, les compositions ou les couleurs ne suffisent pas toujours à établir une relation entre deux œuvres. Il faut parfois dépasser ce que les peintures montrent pour percevoir ce qui les rapproche.

Ce lien n’est pas celui d’une répétition. Il ne s’agit pas de retrouver partout les mêmes éléments, mais plutôt de reconnaître une direction intérieure, une manière de questionner le monde et de construire des images.

Une peinture ne vient pas nécessairement apporter une réponse à celle qui la précède. Elle peut déplacer la question, en faire apparaître une autre dimension ou simplement ouvrir une nouvelle possibilité. C’est aussi pour cela que les séries occupent une place importante dans mon travail : elles me permettent d’explorer une forme, un principe ou une situation pendant un temps donné, sans enfermer l’ensemble de ma recherche dans cette seule direction.

Les séries sont ainsi des espaces de travail, des étapes dans un parcours plus vaste. Elles donnent une organisation visible à des recherches qui, intérieurement, ne sont pas aussi cloisonnées.

Une œuvre qui se construit dans le temps

Je considère chaque peinture comme une sorte de repère dans le temps. Elle fixe un instant de ma recherche : ce que je pense alors, ce que je cherche à comprendre, mais aussi ce que je suis capable de réaliser à ce moment précis.

Avec le recul, certaines œuvres me permettent de mesurer le chemin parcouru. Je peux y reconnaître une étape de ma réflexion, une manière de peindre, des choix qui ont évolué depuis. Une peinture ne représente donc pas seulement une image achevée. Elle témoigne aussi d'un moment particulier dans la construction de mon travail.

J’aime penser cet ensemble comme une œuvre qui se construit progressivement, sans que sa forme définitive soit connue à l’avance. Chaque tableau en constitue un fragment. Chaque série en est une étape, un chapitre peut-être, mais aucun ne suffit à lui seul à en donner une lecture complète.

Cette continuité n'est pas linéaire. Elle avance par déplacements, retours, changements de direction. Certaines questions persistent, d’autres se transforment ou disparaissent momentanément avant de réapparaître ailleurs. Les formes évoluent parce que la recherche elle-même continue d’évoluer.

Il ne s’agit donc pas de construire une œuvre parfaitement homogène, dans laquelle chaque peinture viendrait confirmer la précédente. Ce qui m’intéresse est précisément cette possibilité de poursuivre une même recherche sans devoir toujours emprunter le même chemin.

Les peintures changent. Les chemins se déplacent. Mais quelque chose se poursuit entre elles, parfois difficile à nommer, et pourtant essentiel à mes yeux. C’est dans cet intervalle entre les œuvres, dans ce qui les distingue autant que dans ce qui les relie, que se construit peu à peu mon travail.

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